Le baba au rhum à Nantes : le port du sucre méritait bien ce gâteau
La ville qui raffinait le sucre des Antilles sait ce qu'elle fait quand elle imbibe une pâte : mes adresses nantaises, de la place Graslin à la rue Paul Bellamy.
Par Hélène Marchal · Publié le

À Nantes, j’ai fait ce que font tous les gourmands de passage : le pèlerinage du passage Pommeraye, ses trois galeries de 1843 et son escalier qu’on descend en levant la tête. Mais le baba, lui, m’attendait ailleurs — rue Paul Bellamy, place Graslin, rue des Hauts Pavés. La ville du petit-beurre cache un vrai circuit du gâteau imbibé.
Le sucre est arrivé ici avant le gâteau
Impossible d’écrire sur le rhum à Nantes sans dire d’où vient le sucre. Au XVIIIe siècle, la ville est le premier port français du commerce atlantique : les tonneaux de sucre des Antilles remontent la Loire, les raffineries s’installent le long des quais, et les fortunes se bâtissent — sur la canne, et sur la traite des esclaves, que le Mémorial de l’abolition rappelle aujourd’hui sans détour, quai de la Fosse. C’est cette histoire, entière, qui a fait de Nantes une ville de sucre, puis de biscuit avec LU, et qui explique qu’on y trouve encore aujourd’hui d’excellents babas.
La boucle se referme d’ailleurs joliment : c’est La Friande, la boutique des spécialités nantaises née dans le sillage de la biscuiterie, qui vend les babas artisanaux de Gwenaëlle de Dieuleveult, imbibés d’un sirop au rhum vanillé et épicé. 9,95 euros les quatre parts, entre les petits-beurre et les berlingots.
De la place Graslin aux Hauts Pavés
Mon meilleur moment nantais s’est joué à La Cigale, face au théâtre Graslin. La brasserie de 1895 sert son baba avec la chantilly maison et un rhum ambré Trois Rivières présenté à part, à doser soi-même. Un agricole de Martinique sur un baba de brasserie : le choix n’est pas anodin, et si la nuance agricole-traditionnel vous échappe encore, j’ai posé les différences dans rhum agricole ou rhum de mélasse. Sous les faïences centenaires, on prend le temps de verser goutte à goutte. J’ai vu ma voisine de table vider sa fiole d’un coup ; chacun sa méthode, la mienne est plus progressive.
Rue des Hauts Pavés, Rosemary Pâtisserie tente quelque chose que je n’avais jamais goûté : des mini babas en bocal parfumés châtaigne et bergamote, à 15,90 euros. L’amertume florale de la bergamote sur le sirop, c’est une idée qui marche — la preuve que le format bocal reste un terrain de jeu, comme je le montre dans mes minis babas au rhum. Et pour les tablées, la maison Visonneau, qui pâtisse depuis 1924, monte son baba en entremets à la commande, chantilly et fruits frais, jusqu’à trente personnes.
Nantes m’a laissé le sentiment d’une ville qui n’a pas fini de me surprendre — je n’ai pas encore exploré l’île de Nantes ni Chantenay, et les suggestions des lecteurs sont bienvenues. À une heure de train, le baba à Rennes et Saint-Malo prolonge très bien cette tournée bretonne. Pour les autres étapes de ma carte de France du baba, tout est consigné dans mon carnet d’adresses vérifiées, ville par ville.
Nos adresses à Nantes
La Friande
La boutique des spécialités nantaises — petits-beurre, berlingots, rigolettes — vend aussi des babas au rhum préparés artisanalement par la pâtissière nantaise Gwenaëlle de Dieuleveult, délicatement imbibés d'un sirop au rhum vanillé et épicé. Format à partager pour quatre, à servir selon la maison avec une glace vanille ou des fruits frais.
12 rue Paul Bellamy, 44000 Nantes — site
Rosemary Pâtisserie
Une pâtisserie de quartier qui soigne son épicerie fine : ses mini babas au rhum vieillissent en bocal, parfumés à la châtaigne et à la bergamote — un accord que je n'avais jamais croisé ailleurs. La boutique les présente comme un cadeau pour épicuriens et propose le retrait en click and collect. À offrir, ou pas.
7 rue des Hauts Pavés, 44000 Nantes — site
Pâtisserie Visonneau
Maison nantaise qui pâtisse depuis 1924. Son baba figure à la carte des entremets : biscuit imbibé au rhum, surmonté de chantilly et de fruits frais, réalisable sur commande jusqu'à trente personnes. C'est l'adresse du baba de fête familial, celui qu'on pose au centre de la table plutôt que dans une assiette individuelle.
19 rue Mercœur, 44000 Nantes — site
La Cigale
La brasserie Art nouveau inaugurée en 1895, classée parmi les plus beaux décors de café de France. Son baba imbibé de sirop arrive avec une chantilly maison et un rhum ambré Trois Rivières, dosé selon votre goût. Le cadre de faïences et de moulures fait la moitié du plaisir ; le rhum agricole martiniquais fait l'autre.
4 place Graslin, 44000 Nantes — site
Adresses recensées et recoupées via lafriande.fr, rosemary-patisserie.fr, visonneau.com, loirelovers.fr — pensez à vérifier horaires et disponibilité avant de vous déplacer.
Vos questions
Quel est le meilleur baba au rhum de Nantes ?
Pour l'expérience complète, le baba de La Cigale, place Graslin : chantilly maison, rhum ambré Trois Rivières à doser soi-même et un décor de 1895 autour. Pour la maison, les babas de Gwenaëlle de Dieuleveult vendus à La Friande, imbibés d'un sirop au rhum vanillé et épicé, offrent le meilleur rapport plaisir-prix à 9,95 euros les quatre parts.
Combien coûte un baba au rhum à Nantes ?
Les repères que j'ai relevés : 9,95 euros les babas pour quatre personnes à La Friande, rue Paul Bellamy, et 15,90 euros le bocal de mini babas châtaigne-bergamote chez Rosemary Pâtisserie. À La Cigale, le baba se paie au prix d'un dessert de grande brasserie. L'entremets de Visonneau, à la commande, dépend du nombre de parts.
Où acheter un baba au rhum en bocal à Nantes ?
Chez Rosemary Pâtisserie, 7 rue des Hauts Pavés : la maison conserve ses mini babas au rhum en bocal, parfumés châtaigne et bergamote, vendus 15,90 euros avec retrait possible en click and collect. Le bocal se garde en réserve pour un dessert improvisé — le principe même qui a fait le succès des babas en conserve.
Pourquoi associer Nantes et le rhum ?
Parce que Nantes fut au XVIIIe siècle le premier port français du commerce atlantique : le sucre des Antilles y débarquait par milliers de tonneaux et la ville comptait des raffineries en nombre. Ce passé, lié à la traite des esclaves, est aujourd'hui regardé en face, notamment au Mémorial de l'abolition. Le goût nantais pour le sucre et le rhum vient de là.
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