Le baba au rhum à Strasbourg : sur les terres du kouglof, son cousin germain
La légende veut que le baba soit né d'un kouglof trop sec trempé par un roi en exil : à Strasbourg, les deux gâteaux cohabitent toujours.
Par Hélène Marchal · Publié le

J’ai grandi à Nancy, place Stanislas à dix minutes de vélo du fournil d’Émile. Autant dire que le voyage à Strasbourg, fin juin, avait des airs de pèlerinage familial : c’est entre l’Alsace et la Lorraine du bon roi Stanislas que la légende fait naître le baba, et c’est ici que vit toujours son cousin germain, le kouglof.
Le kouglof, ce cousin qui a tout déclenché
Reprenons la légende, qu’on m’a racontée cent fois enfant : Stanislas Leszczynski, roi de Pologne détrôné, s’exile vers 1725 du côté de Wissembourg, au nord de l’Alsace. Son kouglof est trop sec ; quelqu’un — lui, son pâtissier Nicolas Stohrer, les versions divergent — le trempe dans un sirop alcoolisé. Le baba serait né là. Le fait établi, lui, est plus sobre : Stohrer ouvre sa boutique parisienne en 1730 et y fixe la recette. Je démêle tout cela en détail dans la généalogie du baba, du kouglof à Stohrer.
Ce qui frappe à Strasbourg, c’est que les deux cousins vivent encore côte à côte. Chez Naegel, rue des Orfèvres, la vitrine aligne kouglofs et babas à un mètre d’écart. Même famille de pâte levée, même logique de moule qui impose sa forme au gâteau — le kouglof cannelé et haut, le baba en bouchon ou en couronne. Si la question des moules vous amuse autant que moi, j’ai comparé les formes et leurs effets dans quel moule pour un baba réussi.
Ici, le baba est un dessert de winstub
Strasbourg m’a rappelé Lyon sur un point : le baba y est d’abord un dessert de table. À la winstub Le Clou, rue du Chaudron, il arrive avec sa chantilly maison, 8,60 euros, après une assiette de wädele qui aurait suffi à ma journée. Chez Yvonne, la maison de 1873 où le monde entier a fini par s’attabler, la carte annonce un « baba au rhum arrosé au Rhum » — la majuscule est d’origine, le geste aussi. Au Pont Corbeau, quai Saint-Nicolas, c’est un savarin au rhum qui conclut le repas, salué par Gilles Pudlowski dans sa chronique sur la maison.
La surprise de la tournée, je la dois à la Meinau, loin des colombages : Le Cannibale, un restaurant de viandes, sert un baba signature à 12,90 euros, pâte à savarin maison noyée de rhum vanillé, ganache chocolat blanc et zestes d’orange. Pas orthodoxe pour un sou. Redoutable quand même.
Il me reste à convaincre un pâtissier strasbourgeois de tenter le baba en bocal, comme on le fait si bien à Lyon — le pays des conserves de choucroute ne devrait pas s’y opposer longtemps. En attendant, mes autres tournées, toutes vérifiées sur place ou sur pièces, sont réunies dans le répertoire des bonnes adresses du baba.
Nos adresses à Strasbourg
Maison Naegel
Dans la rue des Orfèvres, à deux pas de la cathédrale, cette maison familiale fondée en 1927 tient pâtisserie, chocolaterie et salon de thé. Entre les tourtes qui ont fait sa réputation et les gâteaux alsaciens, le baba figure parmi les classiques sucrés de la vitrine. L'adresse idéale pour comparer, dans la même rue, baba et kouglof.
9 rue des Orfèvres, 67000 Strasbourg — site
Winstub Le Clou
Une winstub de tradition à cent mètres de la cathédrale, où le baba au rhum et sa chantilly maison clôturent les wädele et autres spécialités alsaciennes. Les habitués le décrivent comme sérieusement imbibé — c'est aussi mon souvenir. Carte des desserts où il côtoie le kouglof glacé, tout un symbole.
3 rue du Chaudron, 67000 Strasbourg — site
Chez Yvonne — S'Burjerstuewel
La winstub la plus célèbre de Strasbourg, ouverte en 1873, où l'on a vu passer chefs d'État et cuisiniers en goguette. Sa carte des desserts annonce la couleur : un baba au rhum arrosé au rhum, dans la grande tradition des maisons qui ne lésinent pas sur le flacon. Réservation très recommandée le soir.
10 rue du Sanglier, 67000 Strasbourg — site
Au Pont Corbeau
Face à l'Ill, cette winstub que le critique Gilles Pudlowski surnomme « la Rolls de la winstub » achève ses repas sur un savarin au rhum salué dans sa chronique. La nuance entre savarin et baba a son importance — la couronne contre le bouchon — mais l'imbibage, lui, ne triche pas.
21 quai Saint-Nicolas, 67000 Strasbourg
Le Cannibale
Ce restaurant de viandes de la Meinau a fait de son « Baba au Rhum by Cannibale » un dessert signature : pâte à savarin maison, ganache chocolat blanc-vanille, sirop vanillé, le tout noyé d'un rhum vanillé et relevé de zestes d'orange. Le plus généreux — et le plus arrosé — de ma tournée strasbourgeoise.
33 rue de la Plaine des Bouchers, 67100 Strasbourg — site
Adresses recensées et recoupées via restaurantguru.com, le-clou.com, restaurant-chez-yvonne.net, gillespudlowski.com, restaurant-le-cannibale.fr — pensez à vérifier horaires et disponibilité avant de vous déplacer.
Vos questions
Quel est le meilleur baba au rhum de Strasbourg ?
Mon podium de table : le baba et sa chantilly maison de la winstub Le Clou, 8,60 euros rue du Chaudron, pour l'équilibre, et celui de Chez Yvonne, arrosé de rhum en salle, pour le geste. En version pâtisserie à emporter, la maison Naegel, rue des Orfèvres depuis 1927, reste la valeur sûre du centre historique.
Combien coûte un baba au rhum à Strasbourg ?
À Strasbourg, le baba est d'abord un dessert de restaurant : comptez 8,60 euros à la winstub Le Clou d'après sa carte 2026, et 12,90 euros pour la version signature du Cannibale, généreusement noyée de rhum vanillé. En pâtisserie, les prix rejoignent ceux des autres grandes villes, autour de 4 à 6 euros l'individuel.
Le kouglof est-il l'ancêtre du baba au rhum ?
C'est la légende la plus répandue : Stanislas Leszczynski, roi de Pologne déchu exilé en Alsace puis en Lorraine vers 1725, aurait fait tremper un kouglof trop sec dans un sirop alcoolisé. Le fait vérifiable, lui, est que Nicolas Stohrer, son pâtissier, a ouvert boutique à Paris en 1730 et y a fixé la recette. Les deux gâteaux partagent la pâte levée et la forme moulée.
Où acheter un baba au rhum à emporter à Strasbourg ?
Direction la rue des Orfèvres : la maison Naegel, pâtissier-chocolatier avec salon de thé, propose le baba parmi ses classiques sucrés, à côté des kouglofs et des tourtes qui ont fait sa renommée depuis 1927. Pour les maisons qui expédient des babas partout en France, en bocal notamment, voyez notre guide où acheter un baba au rhum (/ou-acheter-un-baba-au-rhum/).
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